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Retrouver le goût des mots dans un monde d’abréviations

4 sept.
3 min de lecture

Nous vivons dans un monde où tout doit aller vite. Les messages sont instantanés, les informations circulent en permanence et chacun cherche à gagner quelques secondes. Cette accélération a profondément modifié notre manière de communiquer. Les mots sont raccourcis, les noms deviennent des sigles et les expressions françaises sont progressivement remplacées par des termes anglais.


Dans certains domaines, les abréviations sont utiles. Elles permettent d’éviter de répéter des expressions longues et facilitent les échanges entre spécialistes. Pourtant, lorsqu’elles se multiplient, elles rendent les textes difficiles à comprendre pour le commun des mortels. Administration, informatique, médecine, économie, publicité : chaque secteur semble désormais posséder son propre langage. Le lecteur se retrouve face à une succession de lettres dont le sens lui échappe.


Il en va de même pour les anglicismes. Nous ne parlons plus toujours de réunion, mais de « meeting » ; plus de date limite, mais de « deadline » ; plus de retour d’expérience, mais de « feedback ». On ne travaille plus nécessairement en équipe : on fait du « team building », du « brainstorming » ou du « reporting ». Ces termes peuvent donner une impression de modernité, mais rendent-ils vraiment notre pensée plus précise ?


La langue française a toujours emprunté des mots à d’autres langues. Ces échanges sont naturels et participent à son évolution. Le problème n’est donc pas la présence occasionnelle de mots anglais. Il apparaît lorsque ceux-ci remplacent inutilement des mots français simples, connus et parfaitement adaptés. Pourquoi employer un terme étranger lorsque son équivalent français exprime clairement la même idée ?


Cette accumulation de sigles et d’anglicismes peut créer une véritable distance entre ceux qui maîtrisent ce nouveau vocabulaire et ceux qui ne le connaissent pas. Une personne peut alors se sentir exclue d’une conversation, d’un article ou d’une démarche administrative, non parce qu’elle manque d’intelligence, mais simplement parce que le langage employé n’est pas accessible. Les mots, qui devraient nous rapprocher, deviennent ainsi des barrières.


Revenir à nos « bons vieux mots » ne signifie pas refuser le progrès ni vouloir figer la langue dans le passé. Cela signifie avant tout retrouver le souci de la clarté. Lorsqu’une abréviation est nécessaire, il suffit de l’expliquer lors de sa première apparition. Lorsqu’un mot français existe, nous pouvons le privilégier. Et lorsqu’un terme technique est indispensable, nous pouvons prendre le temps d’en donner une définition simple.


Une communication réussie n’est pas celle qui impressionne, mais celle qui est comprise. Employer des mots compliqués, des sigles mystérieux ou des expressions étrangères ne rend pas automatiquement un discours plus intelligent. La véritable maîtrise de la langue consiste souvent à rendre une idée complexe accessible à tous.


Nos mots portent aussi une histoire, une culture et une manière particulière de penser. Les préserver ne revient pas à fermer la porte aux influences extérieures, mais à éviter que notre langue perde progressivement sa richesse et sa personnalité. Le français possède suffisamment de nuances et de ressources pour parler du monde moderne sans renoncer à lui-même.


Alors oui, il serait souhaitable de revenir davantage à des mots simples, complets et compréhensibles. Non par nostalgie, mais par respect pour les lecteurs et les auditeurs. Une langue vivante peut évoluer, accueillir de nouveaux termes et s’adapter à son époque. Mais elle doit continuer à remplir sa mission essentielle : permettre aux êtres humains de se comprendre.


Finalement, la modernité ne devrait pas nous obliger à sacrifier la clarté. Avant d’abréger un mot ou d’utiliser un anglicisme, posons-nous une question toute simple : notre interlocuteur comprendra-t-il ce que nous voulons dire ? Si la réponse est non, alors quelques mots français, bien choisis et pleinement écrits, vaudront toujours mieux qu’une formule à la mode.


Michel Zannelli



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